Aurore Claverie

écriture & images

Sur la nuit béante 150gr
Dimensions : 14,5×19 cm
Papier cream
Deux feuilles pliées avec rabats
Papier cristal
Tirage limité à 100 exemplaires »Je profite d’être quelques heures encore à Tanger pour t’écrire. On ne sait plus ces jours, distinguer ce qui, entre la poussière ou le brouillard enveloppe la ville d’un nuage épais et lourd. Ils ont détruit les bars de la plage, brûlé vifs des hommes et arraché des palmiers qui venaient d’être plantés. Tu ferais bien de ne pas revenir toi qui aimais tant danser au Morocco Palace. Pendant que je photographiais les démolitions, j’ai vu des hommes applaudir. De leurs djellabas blanches à travers lesquelles tu vois l’inclinaison de leurs sexes ils applaudissaient à tout rompre la mort de notre Tanger. Nous ne danserons plus Anne. J’ai peut-être trop aimé Tanger, sans provision. »

Vous pouvez commander le livre sur le site des éditions Littérature mineure.

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J’ai déplié cette carte, comme l’aurait fait Pizarnik, pour lire ton premier livre.
Je me suis laissée surprendre par une vague qui s’est littéralement ouverte entre mes mains.
Elle devait me mener à ces pôles extrêmes du voyage où le départ déborde du cœur quand retourner sur ses pas est impossible.
A ta façon, ivre, généreuse, brutale, tu nous as fait traverser.
Tu as saisi les rames du souvenir comme un adieu emporté avec toi, et tu as vacillé, tourné, parce que tu ne peux pas t’empêcher de danser, même en pleine mer, avec les images, à l’endroit de leur perte, leur évanescence, leur appel sans repères.
Tes mots ont construit la ville de personne, la ville de tout le monde. De ceux qui sont passés te voir et ont croisé probablement ce chien errant comme un miroir de lui-même – (je connais une personne qui en a eu peur).
Ton adresse contient tant de visiteurs Aurore. Perdus dans la ville, confiants d’être avec toi, déchirés par leurs propres souvenirs, inquiets du monde comme fous de vivre, dépassés par ce qu’ils ne comprennent pas, ne comprendront jamais, à moins de le voir dans les yeux des chiens.
Nous, les visiteurs des lucioles – ces dames qui promènent dans le noir le faisceau des rêves futurs – nous plongeons dans ton secret. Épousons la vague.
Le secret, c’est : accrocher les détails qui déchirent ou aveuglent, salissent ou émerveillent. Le secret c’est : l’observation sans relâche que tu poses, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, sur cette terre d’amour où l’on accoste la nuit. L’écriture ?
 
Florence Valéro à propos de Sur la nuit béante
 
image / travail en cours, L’Atlantide
© aurore claverie